La Double Inconstance

Une création produite en 2021 par la compagnie BRUT MONTAGE

Durée du spectacle : 2h10

Mise en scène : Matthieu Welterlin

Assistant à la mise en scène : Maxime Suaire

Avec : Audrey Kougoum, Mathilde Levallois, Noé Lovie, Alexandre Patlajean, Lili Poli, Gabriel Rehse et Maxime Suaire, avec la participation de Chloé Barthod

Texte : Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux

Musique et environnement sonore : Chloé Barthod

Scénographie : Matthieu Welterlin

Costumes : Emma Welterlin  

Distribution

Lili Poli
SILVIA
© Denilson
Alexandre Patlajean
ARLEQUIN

© Alex Delamadeleine
Audrey Kougoum
LE PRINCE
© J-L. Caradec
Mathilde Levallois
FLAMINIA
©
Ian Levallois
Maxime Suaire
LISETTE
© Adèle Bleue

Noé Lovie
TRIVELIN / SEIGNEUR

© Adèle Bleue
Gabriel Rehse
TRIVELIN / SEIGNEUR
© Dennis Mader
Chloé Barthod
DIVERTISSEMENT
@ petite guenon

Résumé du texte

Silvia aime Arlequin. Arlequin aime Silvia. Tous deux vivent un amour réciproque et tranquille à la campagne. Mais Le Prince est tombé amoureux de Silvia et décide de l’enlever. Au palais, elle pleure son amant, refuse les cadeaux et vocifère sa rage contre la cour qui se moque d’elle, à l’instar de Lisette. Le Prince fait appel au service de son valet Trivelin puis de sa confidente Flaminia qui deviendra bientôt le cerveau d’un stratagème visant à défaire l’attachement de ces deux êtres insouciants. Leur amour, issu du monde rural résistera-t-il à la tentation de la richesse, de l’honneur et du pouvoir ?

Note d’Intention

« C’est un plus grand maître que vous qui vous a fait le mien »

Trivelin, ACTE I scène 4

 Une première version du spectacle était née avant la crise du covid, qui nous a obligé à repenser le travail à la fois au sein de notre troupe mais aussi d’un point de vue dramaturgique ; si le chef d’œuvre de Marivaux est une comédie, il n’a rien d’insouciant. Au contraire, tous les personnages sont victimes de leur sort, engrenés dans une mécanique déterministe qui rappelle certains destins tragiques. Depuis six mois, nous sommes entré en recréation du spectacle avec cette pensée d’Antonin Artaud qui a tissé notre nouvelle version du travail :

«  Sans un élément de cruauté à la base de tout spectacle, le théâtre n’est pas possible ».

Le Théâtre et son Double, 1938

  La mise en scène de La Double Inconstance s’est alors orientée autour de ces questions : Une violence d’État, motivée par un transport amoureux est-elle plus à même d’être excusée ? Le Pouvoir accorde-t-il plus de place à la création, la sensibilité, la marginalité, la quête d’identité aujourd’hui qu’à la cour de Louis XV ou n’a-t-il rien perdu de son omnipotence ? Est-il encore possible de faire corps ensemble avec l’objet Théâtre quand tout semble nous pousser dans des retranchements individualistes ?

Défaire ou défendre l’amour de Silvia et d’Arlequin : derrière cet enjeu principal se pose un questionnement fort, intime et éminemment politique sur notre propre relation au Pouvoir et notre volonté ou notre capacité à résister ou à céder à son influence. La Double Inconstance nous parlent d’amour, de gouvernement et d’un chemin pernicieux qui se trouve entre les deux : la corruption.

  Nous avons travaillé sous forme de Laboratoires de recherche en utilisant les outils des comédiens : le corps, la voix, le mouvement, l’émotion et l’imagination en prise avec la dramaturgie et les codes marivaudiens. Nous avons cherché à combiner les tourments des protagonistes de la pièce avec nos propres angoisses, générées par notre époque : angoisse des rapports sociaux et amoureux, angoisse générée par le Pouvoir, le Politique et la Loi, angoisses liées à nos hésitations, nos doutes, notre inconstance.

  À contre-courant d’une actualité fracassante et ininterrompue, cette mise en scène s’est dirigée vers une traduction éthérée, inquiétante et mélancolique du chef d’œuvre de Marivaux, nourrie par un travail de création sonore avec la musicienne, comédienne et vidéaste Chloé Barthod. Pour traduire la couleur douce-amère de ce texte nous avons utilisé l’articulation subtile et spécifique du marivaudage pour ce qu’il est en premier lieu : un langage poétique. 

  Presque 300 ans après sa création, le texte, paru en 1724, continue de résonner dans notre système actuel et nous rappelle que certains amours sont vécus seulement parce qu’ils sont gouvernés. Cette mise en scène de La Double Inconstance s’engage à la fois à interpréter les tourments des protagonistes marivaudiens, piégés dans l’engrenage des rapports amoureux mais porte aussi une attention particulière à ceux qui en sont exclus, condamnés à la solitude.

 Matthieu Welterlin

Visuels

© Mathilde Rasowsky & Corentin Stavroguine